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Des subventions pour les mosquées françaises ?

Tout juste achevée, la grande mosquée de Créteil a accueilli, mercredi 3 décembre, ses premiers fidèles, avant la foule attendue pour la fête de l’Aïd el-Kebir le 8, des journées portes ouvertes les 13 et 14 et une cérémonie en présence des autorités , le 18.

L’ouverture de cette mosquée de 2 000 places inaugure un mouvement qui devrait s’accélérer. Les nombreux projets de lieux de culte de taille importante lancés à travers la France (Marseille, Strasbourg, Nantes, Paris, Tours, Saint-Denis ou Cergy-Pontoise…) devraient aboutir dans les prochaines années. Parallèlement, des dizaines de projets de moindre importance, dans des pavillons ou des locaux sans cachet particulier, ont été lancées dans des villes moyennes. Au total, pas moins de 200 projets sont en cours, selon le ministère de l’intérieur.

Outre le fait que l’apparition de dômes et de , prévus dans la plupart des grands projets, modifie le paysage urbain, l’ouverture de ces nouveaux lieux de culte démultiplie les surfaces de prière accessibles aux fidèles.

Selon les estimations, entre 20 % et 30 % des quelque 5 millions de personnes de confession musulmane vivant en France se rendraient régulièrement à la mosquée. Aujourd’hui, quelque 2 000 salles de prières fonctionnent sur le territoire.

Les “grandes” mosquées devraient entraîner la fermeture de certaines d’entre elles, même si la pratique de proximité est appelée à perdurer. “Dans certains endroits, on peut même craindre un maillage disproportionné, avec une sous-utilisation des “mosquées-cathédrales”, en dehors des fêtes”, jugent des spécialistes du sujet.

Ces craintes ne sont guère partagées par Karim Benaïssa, le président de l’Union des musulmanes de Créteil, porteur du projet. “Malgré les trois salles de prières de la ville, on est saturés depuis huit ans. L’an dernier pour l’Aïd, 5 000 personnes se sont rassemblées dans un gymnase“, assure le responsable, qui se réjouit de l’ouverture de la mosquée et salue la “volonté divine” pour cette réussite.

L’achèvement de la mosquée de Créteil et la relative rapidité avec laquelle elle a vu le jour ne doivent rien au hasard. Lancé en 2003, ce chantier de 5,3 millions d’euros aura demandé cinq ans de travail là où des projets de même ampleur prennent une dizaine d’années, bloqués par une absence de fonds ou par des plaintes déposées contre la mairie pour déguisées.

De l’avis général, l’implication dans ce dossier du maire (PS) a été déterminante. Convaincu de la “nécessité d’offrir aux musulmans de la ville un lieu de culte digne“, l’édile a décidé “d’assumer complètement” son engagement auprès de la communauté musulmane. Mais avant de mettre un million d’euros et un terrain constructible sur la table, il a imposé un préalable : que les diverses obédiences musulmanes de Créteil s’unissent autour d’un projet commun. Une condition remplie non sans mal, tant les influences des pays d’origine et le fossé inter-générations pèsent encore dans l’organisation de l’ en France.

Le de lieux de culte est un sujet sensible“, reconnaît M. Cathala. “Mais il est plein de contradictions : on veut la transparence des fonds, on ne veut pas l’argent d’Etats étrangers et en même temps on ne veut pas payer !

Comme la plupart de ses homologues, il s’est appuyé sur les “activités culturelles” (librairie, salon de thé, hammam), adossées à l’ cultuelle pour financer le projet sans enfreindre la de 1905, qui stipule que “la République ne subventionne aucun culte“. Il assume, en outre, l’octroi d’un bail emphytéotique (bail de longue durée pouvant atteindre 99 ans) sur le terrain pour 15 000 euros par an, l’aide des services municipaux pour le montage du dossier ou la annuelle de 100 000 euros ; “la même que celle accordée à l’ culturelle israélite de la ville”, précise-t-il.

“On est dans l’hypocrisie, reconnaît-il. Mais je pense que, dans une ville, il vaut mieux des locaux fonctionnels qui permettent une communication entre croyants et non-croyants que des gens repliés sur eux-mêmes”, défend le maire. ” Avec notre mosquée ouverte, on dissipe tous les préjugés et on évite les dérives, si dérives il y a”, plaide aussi M. Benaïssa.

L’implication des dans la gestion de l’ et la tentation de choisir “ses” musulmans comporte pourtant des risques. A Créteil, l’imam de la nouvelle mosquée a été suspecté par le ministère de l’intérieur d’être proche des milieux salafistes, prônant un radical. Cet Algérien a été sous la menace d’une expulsion du territoire, qui n’a finalement pas été décidée. Ce contexte aurait dissuadé la ministre de l’intérieur d’assister à l’inauguration de la mosquée.

Source: Le Monde

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